J'y arrive plus, plus du tout. Qu'est-ce qu'il se passe ? Mais merde ! Putain, c'est pas possible, réveille-toi Pierre, prend conscience que tu peux le faire si tu le veux ! Mais non... Ca ne marchera pas comme ça.
Y'a tellement de putains de problèmes dans ce monde, et je trouve le moyen de me plaindre... mais comprenez-moi. Ecrire, c'est ma vie, ma passion.. mon air ! Je vis grâce à l'écriture, j'ai toujours réussi a surmonter n'importe quelle situation grâce à ça ! Quand je n'allais pas bien, et que personne n'était là pour moi, j'écrivais ! Et Dieu de merde, je comprenais enfin à quel point j'avais été stupide ! Stupide de croire en l'homme et en ses valeurs. En me relisant, je voyais ce que je pensais vraiment. Ce que représentait pour moi la vie, l'humain, les "amis"... Tout ça. Et j'allais mieux. Je relativisais.
Mais voilà, tout est éphémère, rien ne durera, jamais. Il y aura toujours cette putain de fin, cette fin qui gâche, qui pourrit tout. J'ai eu mes heures de gloire, pourquoi cela ne peut-il pas continuer ? Merde enfin ! Ecrire, c'était ma particularité ! J'arrivais à exister grâce à ça ! Je pouvais enfin me faire remarquer. Et surtout. Surtout, j'avais enfin quelque chose que les autres n'avaient pas. Ce talent, ce bonheur, ce plaisir.
Et tout s'annule, tout me quitte. La chance, qui n'a jamais été avec moi, s'en va, encore plus loin, dans des contrées sereines et paisibles, où la vie ne se résume qu'à quelques simples plaisirs... Où l'écriture, la conscience, et l'intellect n'existent plus. Pourquoi ne m'y a-t-elle pas emmené ? Pourquoi ne suis-je pas comme tous les autres ? Je suis différent, putain, et ça me tue.
Ma façon de penser n'est pas la même que toutes les autres personnes. Je pense, tout le temps, concentré ou non. J'ai de l'inspiration, des images en tête, belles et incomplètes. Si je savais dessiner, je serai un artiste. Et je rajouterai un texte avec lequel j'illustrerai mon image. Mais je ne suis rien, même plus un petit écrivain.
Les mots refusent d'avancer davantage, restent bloquer dans leur profonde mélancolie d'antan, et ma conscience elle rêvasse trop.
Que m'est-il donc arrivé ? Pourquoi maintenant, là ? Pourquoi ?! Qu'ai-je fait à la vie pour qu'elle me retire cet immense plaisir. Ce plaisir qui maintenant me nuit, et me conduit à ma perte.
J'aimerais tellement, tellement tout recommencer à zéro, repartir du début de l'écriture, pour revivre ces moments. Ces moments de jouissances, de bonheurs, et surtout de plaisirs. A la fin d'un texte, on a ce sentiment de libération qui émerge en nous, qui nous félicite et qui nous réchauffe. Mais là j'ai froid, trop froid. Les débuts étaient biens, la fin était excellente. J'ai fini en beauté, ridiculement néanmoins. Je ne suis plus arrivé à inventer des choses, je ne suis plus arrivé à trouver des chutes à mes textes. Parce que j'aime cela. Ce rythme agaçant et répétitif, cassé d'un coup à la fin par une phrase, un mot, une lettre. C'est ça, le bonheur de la contradiction.
A tous les jeunes écrivains, peu nombreux par ailleurs venant ici, écrivez, ne vous arrêtez pas, profitez, et laissez vous aller. C'était ma raison de respirer et de me maintenir en forme.
C'était.